Le DESENGAGEMENT

On le dit et on le répète : le désengagement des salariés coûte cher …

L’image de l’entreprise s’est détériorée au cours des 2 précédentes décennies, toute préoccupée était-elle par la course à la productivité et rentabilité dans laquelle elle s’est engagée, au détriment de la santé et du bien-être de ses salariés.

Nombreux sont les articles de presse à pointer et à s’inquiéter du désengagement des salariés au travail. Ce phénomène, qui s’est fortement développé ces dernières années parallèlement à la dégradation du travail, prend de plus en plus d’ampleur jusqu’à atteindre des proportions alarmantes. Car, il faut le répéter, le désengagement est extrêmement coûteux pour l’entreprise…. Cela fait des années que les cliniciens du travail, préoccupés par les problématiques de la souffrance au travail et des risques psychosociaux, alertent les dirigeants d’entreprise. Il est plus que temps de réagir.

Le désengagement au travail, c’est la diminution de l’implication de l’individu vis-à-vis de son entreprise et de son travail, devenu vide de sens. Il est à mettre en lien avec la forte dégradation du monde du travail au cours des dernières décennies et la perte de sens du travail.

Parmi les causes du désengagement, on retrouve :

  • Une image négative de l’entreprise qui a perdu un visage humain, obsédée qu’elle est par le monde de la finance, la course aux chiffres, privilégiant la productivité à la qualité, valorisant les reportings à la relation, les chiffres à l’individu considéré comme simple ressource que l’on peut presser à l’envi au service de la productivité. Une entreprise déshumanisée qui subit passivement la vague de RPS sans réagir… si ce n’est par davantage de pressions et de contrôles sur les salariés
  • Un problème de qualité du management, avec des cadres supérieurs qui ne connaissent plus le travail et sont trop éloignés du terrain, qui courent après le temps, vont de réunions en « conf call » et visioconférence, ne descendent même plus dans les ateliers estimant qu’ils ont autre chose à faire que d’aller voir leurs équipes ; avec des managers intermédiaires coincés entre leurs équipes et leur propre hiérarchie, à la mission floue, étriqués dans leur costume, à qui l’entreprise demande beaucoup sans donner les moyens, sans latitude d’action ni autonomie…
  • Des entretiens individuels d’évaluation qui n’évaluent ni le travail ni le salarié mais uniquement les résultats, la productivité
  • Des changements récurrents, incompris, sans participation des salariés, de ceux qui connaissent le mieux le travail, les opérationnels « sur le terrain », c’est à dire les spécialistes du travail, et sans accompagnement
  • Une gouvernance floue, un déficit d’informations envers les salariés
  • La destruction des collectifs de travail, la mise en concurrence des salariés entre eux, l’individualisation des objectifs, la destruction des liens de coopération et le développement de la solitude au travail
  • La multiplication des outils de reporting permettant de contrôler toujours plus la productivité des salariés, en temps quasi réel
  • La remise en cause des valeurs sur lesquelles se fonde le travail : celle de travail bien fait, de « la belle ouvrage » que les travailleurs français tiennent en haute estime, le respect des gestes de métier, le sentiment de fierté qui en découle, bafouées au profit de l’exigence de résultats et de la recherche de rentabilité
  • L’absence de reconnaissance du travail et des efforts accomplis
  • Un individu privé de sa capacité d’action, empêché d’agir, enfermé, bridé par la multitude des procédures auxquelles il ne peut déroger. Un individu qui ne trouve plus de sens à son travail, qui ne trouve plus les ingrédients nécessaires à son développement et à son épanouissement au travail.

 

Nombreux sont les spécialistes et les études à dénoncer le coût du désengagement des salariés. Un coût élevé pour l’entreprise (turn-over, absentéisme, perte d’efficacité, diminution de la rentabilité, atteinte à l’image de l’entreprise), mais également un coût sociétal et humain avec une détérioration massive de l’état de santé due aux RPS et à l’explosion de la souffrance au travail.

Pourtant, ces méthodes contre-productives ont la peau dure ….

  • Il y a urgence à replacer l’humain au cœur du travail, à considérer l’individu comme essentiel dans le développement de l’entreprise
  • Il y a urgence à redonner du temps au management, à prendre le temps de l’échange, à construire des relations constructives, à respecter ses collaborateurs, à manager par le sens et pas seulement par les objectifs, à donner du sens aux actions quotidiennes en les reliant à une vision claire
  • Il y a urgence à donner du pouvoir d’agir aux travailleurs, à utiliser leur connaissance du travail, à écouter leurs propositions d’action, à exploiter leurs idées
  • Il y a urgence à reconnaître les besoins et attentes des salariés désireux d’apprendre et progresser, à les considérer comme des hommes et non comme des machines, comme une richesse et non comme une ressource, comme des hommes qui aiment travailler et ont besoin de faire du bon travail, du beau travail dans lequel ils pourront se reconnaître et dont ils seront fiers.

 

Le désengagement du travail est une menace pour notre société. La contestation syndicale et les mouvements collectifs sont remplacés par un désengagement collectif. Nouvelle posture individuelle qui s’avère préjudiciable à l’exécution d’un travail de qualité, à la construction du tissu social. En psychologie comme en sociologie, nous savons que toute pathologie réprimée rampe en profondeur, ronge les fondations et surgit sous une forme inattendue, souvent violente, après n’avoir fait que s’accroître.